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27 avril 2017

In Memoriam, Dieudonné Mandelkern

Jean-Marc Sauvé, Vice-président du Conseil d'État
Intervention de Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, à l'Eglise Notre-Dame d’Auteuil le jeudi 27 avril 2017

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In Memoriam

Dieudonné Mandelkern, président de section honoraire au Conseil d’État

Eglise Notre-Dame d’Auteuil - Jeudi 27 avril 2017

Intervention de Jean-Marc Sauvé,  vice-président du Conseil d’État

Chère Madame,

Chers enfants du président Mandelkern,

Mon Père,

 

Alors que nous accompagnons aujourd’hui une dernière fois Dieudonné Mandelkern, je veux, au nom du Conseil d’Etat, rendre hommage à sa mémoire. Tant de choses si justes et si profondes ont été exprimées avant moi, sur Dieudonné et sur les échanges visibles et invisibles existant entre nous sur les deux rives où nous nous tenons, avec un accompagnement musical émouvant, comme l’interprétation du cantique de Jean Racine composé par Gabriel Fauré, que ce qui a été dit et chanté se suffit à soi-même. J’ai par conséquent scrupule à prendre maintenant la parole.

Dieudonné Mandelkern est entré en 1957 à l’Ecole nationale d’administration, au sein de la promotion « Vauban », aux côtés, notamment, de Jacques Chirac. A sa sortie de l’école, deux ans plus tard, il choisit le Conseil d’État qu’il rejoignit près sept mois passés en Algérie. Son parcours n’a, depuis lors, cessé d’être celui d’un grand serviteur de l’Etat et de la République.

Auditeur, puis maître des requêtes, rapporteur puis commissaire du gouvernement, Dieudonné Mandelkern s’est investi dans des affaires qui ont laissé une trace profonde dans la jurisprudence. Il fut ainsi, en 1970, le rapporteur de l’arrêt Ville-Nouvelle Est sur le contrôle des déclarations d’utilité publique, qui demeure l’un des grands arrêts du droit administratif. Il exerça aussi de hautes responsabilités dans l’administration. D’abord, comme chef du service de la coopération culturelle auprès du ministre délégué à la coopération de 1965 à 1968, puis, de 1974 à 1983, comme directeur au secrétariat général du Gouvernement sous la direction de Marceau Long, puis de Jacques Fournier. A l’issue de cette expérience fondatrice et de longue durée, notre collègue a endossé l’uniforme de préfet dans le département des Hauts-de-Seine – brève expérience dont il savait parler avec sagacité et justesse, notamment à ses jeunes collègues appelés à exercer ce métier. Puis en 1985, il mit la vaste expérience qu’il avait acquise à la disposition du Premier ministre, Laurent Fabius, dont il devint le conseiller. Chacun se souvient de la rigueur dans la gestion des affaires publiques à cette époque. Dieudonné Mandelkern y prit sa part avec le tact, l’efficacité et la justesse qui étaient les siennes. En 1986 lorsqu’il réintègre le Conseil d’Etat, cette fois comme conseiller d’Etat, il devient rapidement assesseur, puis président de la 6ème sous-section, notamment en charge du contentieux de la justice, de l’urbanisme et de l’environnement. En juillet 1989, il est à nouveau appelé à exercer d’importantes responsabilités à l’extérieur du Conseil d’Etat, comme directeur du cabinet civil et militaire de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la défense dans le Gouvernement de Michel Rocard. Il est resté à ce poste jusqu’au déclenchement de la première guerre d’Irak en 1991. Chacun d’entre nous garde présents à l’esprit les épreuves et les choix qui ont marqué cette période et qui ont été évoqués dans le message de M. Chevènement que vient de lire Louis Gallois. Ce parcours d’excellence, au sein du Conseil d’Etat comme à l’extérieur, le destinait naturellement à occuper les postes les plus élevés de notre Maison. Il fut ainsi nommé président de la section de l’intérieur en juin 1994. Il y apporta sa riche expérience de l’Etat en contribuant à élaborer des positions pragmatiques et réalistes et, en même temps, juridiquement sûres. Je pense, en particulier, à la loi relative à l’immigration de 1997 ou à la loi d’orientation et de programmation sur la sécurité de 1995, dont il fut le rapporteur, alors même qu’il présidait la section. C’est aussi sous sa présidence et à son rapport que fut le 22 août 1996 rendu un important avis sur la régularisation des déboutés du droit d’asile, alors qu’était occupée l’église Saint-Bernard à Paris. Notre collègue l’a d’ailleurs commenté dans l’ouvrage consacré aux Grands avis du Conseil d’Etat.

Après sa limite d’âge de président de section en 1997, Dieudonné Mandelkern a poursuivi ses activités avec l’engagement qui le caractérisait : comme rapporteur à la section sociale, mais aussi comme président de la si essentielle Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, chargée de contrôler les « écoutes téléphoniques ».

Membre du Conseil d’Etat, directeur au secrétariat général du Gouvernement, préfet, conseiller du Premier ministre, directeur du cabinet du ministre de la défense, Dieudonné Mandelkern a remarquablement incarné les multiples visages de l’Etat régalien. Il représentait pour nous, ses jeunes collègues, une forme élevée du service de l’intérêt général, du service de l’Etat dans ce qu’il a de plus noble et de plus essentiel pour nos concitoyens. Il n’a jamais cessé, alors même qu’il avait définitivement quitté le service actif, d’œuvrer au service des pouvoirs publics et, en particulier, de l’institution à laquelle il appartenait. Il s’est ainsi impliqué dans l’organisation des célébrations du deuxième centenaire du Conseil d’Etat. La même année, il s’est de la même manière engagé dans la célébration du bicentenaire du corps préfectoral. Son ouverture d’esprit et sa curiosité intellectuelles l’ont aussi conduit à présider à l’écriture de nombreux rapports sur les sujets les plus éclectiques pour lesquels sa sagesse était recherchée et attendue. Par exemple, sur la continuité du service public dans les transports terrestres de voyageurs, sur la diffusion des données publiques dans la révolution numérique, sur les pouvoirs de l’administration dans le domaine des sanctions et aussi, en 1997, sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 et les circonstances des très graves événements qui se sont alors déroulés. Il a, ce faisant, contribué à faire émerger la vérité historique sur ce drame. Sur un autre thème qui reste éminemment actuel, la qualité de la réglementation, il remit en novembre 2001, puis en mars 2002, au nom du groupe consultatif de haut niveau, puis du groupe de travail interministériel qu’il a successivement présidés, deux rapports qui ont profondément marqué la réflexion et le début de l’action en la matière des pouvoirs publics dans l’Union européenne et en France. Dieudonné Mandelkern a aussi pris part aux travaux de plusieurs commissions et, notamment, des commissions spéciales instituées pour l’examen des textes intéressant le contentieux administratif sous la présidence de Marceau Long, témoignant, là encore, de la force de son engagement au service de notre institution. Comme président du jury du concours interne de l’ENA en 1986, puis du jury des trois concours en 1993-1994 et comme président du conseil d’orientation de l’Institut des Hautes études de la sécurité intérieure et du conseil de perfectionnement de l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale, notre collègue a aussi marqué un intérêt constant et soutenu à la sélection et la formation des cadres de la fonction publique. Car pour lui, le service de l’intérêt général ne s’arrêtait pas à l’exercice de ses propres fonctions : il souhaitait prendre part au recrutement et à la formation des jeunes générations pour assurer une relève de qualité et garantir la continuité et l’adaptation de l’action de l’Etat, avec l’excellence qui caractérisait son propre parcours.

Cette attention aux autres, illustrée par sa volonté de servir le bien commun, ne se limitait pas à des accomplissements professionnels. Dieudonné Mandelkern a toujours manifesté un réel intérêt pour ceux qui l’entouraient : pour ses nouveaux collègues, qu’il pouvait nommer et présenter un par un, avec une sincère attention, comme j’ai pu m’en rendre compte ; pour les membres et agents du Conseil d’Etat, qui lui doivent la création d’une association socio-culturelle et sportive au sein de notre institution ; mais aussi, plus largement, pour toutes les personnes qu’il était conduit à rencontrer. Dieudonné a, tout au long de sa vie, fait preuve d’une humanité qui l’honore et qui a bénéficié à tous ceux qui l’ont côtoyé. Dans l’ensemble de ses activités, il a été un homme d’engagement et de conviction. Il a assumé avec une assurance de bon aloi, mais aussi la plus grande humilité, l’ensemble des missions professionnelles qui lui étaient imparties. Sa finesse, sa sûreté, sa solidité, son humour et sa modération étaient, parmi ses qualités, celles dont je me souviens le mieux et que j’ai le plus appréciées. Il conjuguait, de manière rare et avec bonheur, la hauteur de vues avec la simplicité et le bon sens. Il était aussi porteur d’une grande lucidité sur les personnes et les situations. Avant que le mot ne fût consacré par l’usage, Dieudonné Mandelkern exprimait et représentait une authentique bienveillance, à l’égard de ses collègues, comme de l’ensemble des fonctionnaires avec lesquels il était amené à travailler. Il avait l’art et la manière d’être attentif à ses interlocuteurs et sincèrement à leur écoute ; leur part de vérité l’intéressait. Et souvent, ceux-ci se sentaient non seulement pris en considération et respectés, mais aussi devenir plus intelligents après avoir échangé avec lui et partagé ses questionnements de nature socratique. Dans ses fonctions, comme dans ses relations aux autres, notre collègue manifestait aussi une grande élégance, intellectuelle et morale. Sans s’abandonner aux emportements, ni céder à l’agitation, il savait analyser avec justesse les situations qui lui étaient soumises et faire la part des choses. Comme président de la section de l’intérieur, il fut ainsi, je l’ai dit, confronté à des textes et des situations délicats, qu’il a toujours appréhendés avec précision, calme et finesse.

Membre de l’Ordre des arts et des lettres, Dieudonné Mandelkern était aussi un homme de culture, passionné de musique et d’art. Il a notamment présidé l’association des amis de la Villa Médicis et il s’intéressait à la conservation de notre patrimoine, auquel il avait consacré un autre rapport sur l’utilisation des monuments historiques.

Haut fonctionnaire, président de section, mais surtout collègue estimé et respecté, Dieudonné Mandelkern a beaucoup donné à l’Etat et au Conseil d’Etat. Je veux par conséquent, au-delà de notre peine, lui exprimer, à titre personnel, comme au nom de l’institution que je représente, notre reconnaissance pour son engagement au service de notre Maison et, au-delà, de l’intérêt général, pour tout ce qu’il était et ce qu’il a fait avec et parmi nous. Nous mesurons ce que nous lui devons.

En ce temps de tristesse, je m’associe à la douleur de sa famille et de ses amis et, en particulier, à celle de son épouse Isabelle, de ses fils Stanislas, Stéphane et Edouard, de ses petits-enfants et de ses frères, à qui je tiens à exprimer ma très profonde sympathie et mes pensées fidèles et émues.

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