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14 mai 2012
Hommage à Jacques Boutet, président de section honoraire au Conseil d’État, ancien président du CSA
Allocution de M. Bernard Stirn, président de la section du contentieux du Conseil d’État lors des obsèques, le 14 mai 2012, de M. Jacques Boutet, président de section honoraire au Conseil d’État, ancien président du Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Réunis ce matin pour rendre hommage au président Jacques Boutet, collègues du Conseil d’État, compagnons de travail à un moment donné d’une vie professionnelle riche, diversifiée, entièrement consacrée  au service de l’intérêt général, amis, proches, nous avons de forts  souvenirs présents à la mémoire. Souvenir d’un regard pétillant d’intelligence qui perçait sous de grosses lunettes. Souvenir d’une silhouette imprimée, même lorsque la maladie l’avait affectée, de dynamisme et de vitalité. Souvenir d’une voix chaleureuse, qui interrogeait volontiers et invitait au dialogue. Souvenir d’un visage attentif accompagné souvent des fumées d’une pipe.

Le regard, la voix, la gaieté naturelle témoignaient du sud-ouest, de cet Aveyron, où Jacques Boutet était né, dont il a constamment porté et illustré les valeurs d’ouverture d’esprit, d’attachement aux principes républicains, de souci de la vie en commun. C’est dans le sud-ouest que Jacques Boutet, élève des lycées de Rodez et de Toulouse, étudiant aux facultés de lettres et de droit de Toulouse, diplômé de l’Institut d’études politiques de Toulouse, a passé son enfance, vécu sa jeunesse et reçu sa formation. Il ne s’en est éloigné qu’après avoir été reçu, en 1953, au concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration. Elève de la promotion Albert Thomas, il accomplit son stage de préfecture à Digne, où il rencontre celle qui allait devenir son épouse, Nicole, que nous  entourons tous avec affection aujourd’hui. Sorti dans les premiers, il rejoint le Conseil  d’Etat, où il est nommé auditeur, le 1er août 1955, en même temps notamment que Nicole Questiaux et Jean Mamert.

Depuis lors, sa vie professionnelle, et même sa vie personnelle ont eu le Palais-Royal pour centre. Avec leur rigueur, leur diversité, leur position au croisement de la marche de l’Etat et la vie de la société, les travaux du Conseil, qui associent, dans la recherche d’un juste équilibre entre les prérogatives des autorités administratives et les droits des citoyens, la cohérence et le pluralisme, le respect des traditions et l’esprit de réforme, ont répondu à ses aspirations intellectuelles et personnelles. Il s’est senti profondément à l’aise dans une institution qui repose sur le sens de l’Etat, l’attachement au service public et la défense des libertés. En même temps que le travail, il appréciait les collègues, leur diversité, d’âge, de parcours, de sensibilité, la grande richesse collégiale qu’ils réunissent, l’harmonie que procure le goût de se retrouver ensemble dans la durée. Il faisait preuve, et je puis en témoigner, d’une grande attention et de beaucoup de bienveillance à l’égard des plus jeunes.

Aussi Jacques Boutet a-t-il occupé avec bonheur, jusqu’aux responsabilités les plus éminentes, les différentes fonctions qui marquent la carrière des membres du Conseil d’État, en particulier celles de rapporteur à la section du contentieux et en sections administratives, et, de 1972 à 1975, celles de commissaire du gouvernement au contentieux. Son élection en 1978  à la présidence de l’association des membres et anciens membres du Conseil d’État témoigne de la confiance et de l’attachement de l’ensemble de ses collègues. Sa carrière au Conseil d’État s’est achevée par la présidence, de 1986 à 1989, de la section des finances. Il a eu la joie de voir la présence de sa famille au Palais-Royal se prolonger par l’entrée de son fils Jean-François dans l’Ordre des avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation.

Si ancré qu’il fût au Conseil d’État, Jacques Boutet a mené une part importante de ses activités professionnelles à l’extérieur, dans deux directions principales, l’une, la vie internationale, qui a répondu rapidement à ses souhaits, l’autre, le monde de la télévision et de l’audiovisuel, qui est arrivé plus tard et sans doute de manière davantage fortuite.

Dès 1962, au lendemain de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Jacques Boutet rejoint Abidjan, pour y exercer les fonctions de président de la chambre administrative de la toute nouvelle Cour suprême. A son retour en France, il poursuit dans la voie de la coopération, vers l’Afrique en particulier, en étant détaché comme directeur des études de l’Institut des hautes études d’outre-mer, qui devient l’Institut international d’administration publique. Cet aspect international de sa carrière a reçu sa consécration lorsqu’il a occupé, de 1982 à 1986, les fonctions de directeur général des relations culturelles, scientifiques et techniques au ministère alors appelé des relations extérieures. Dans ce poste de grande responsabilité, il a trouvé les satisfactions que procure la belle mission d’assurer le rayonnement et la diffusion de la culture française à l’étranger.

Juste auparavant, les hasards de la vie lui avaient fait découvrir le monde de la télévision. Ayant eu à veiller, à la satisfaction de tous, à la bonne organisation du débat télévisé entre les deux candidats à l’élection présidentielle de 1981, il est nommé, au lendemain de l’élection du Président Mitterrand, président directeur général de TF 1, alors société publique. Le président Boutet sut aimer l’univers de la télévision et s’en faire aimer, sans succomber aux fascinations parfois dangereuses qu’il peut éveiller. Aussi tout le désignait-il pour devenir, en 1989, le premier président du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Si le principe d’une autorité indépendante de régulation était largement admis, les modalités de son organisation étaient difficiles à définir. Deux autorités s’étaient succédé au cours des années précédentes. Grâce au président Boutet, la troisième réussit à s’imposer de manière définitive. Parce qu’il respectait le pluralisme au plus profond de lui-même, parce qu’il maîtrisait parfaitement la complexité de l’univers juridique dans lequel s’inscrit la régulation, parce qu’il avait appris à connaître et à aimer le monde de l’audiovisuel, le président Boutet réunissait toutes les qualités nécessaires pour mettre en place une instance reconnue de tous. Ainsi que l’a constaté Michel Boyon, aujourd’hui son successeur à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le modèle français de régulation de l’audiovisuel est issu des conceptions mises en œuvre par le président Jacques Boutet.

Quelle qu’ait été l’importance des fonctions qu’il a exercées, quelle que soit l’ampleur des services qu’il a rendus à l’Etat, Jacques Boutet  a toujours conservé le recul qui permet de mesurer la relativité des choses de ce monde. Profondément humain, il se préoccupait des personnes plus que des grandeurs d’établissement. Ses amis, nombreux et divers, avaient plaisir à l’hospitalité qu’avec son épouse il leur offrait si volontiers. Il savait aussi que la vie comporte ses séquences et il avait la sagesse de savoir passer de l’une à l’autre. Aussi s’est-il partagé, durant ses années de retraite, entre Paris et sa maison de Sainte-Maxime. En dehors de quelques activités de consultant que sa longue et forte amitié avec Antoine et Simone Veil l’avait conduit à exercer, il se consacrait principalement à la lecture, à la peinture de ses soldats de plomb, à la réalisation de maquettes de bateau. Surmontant avec courage les épreuves de la maladie, il restait attentif au monde tout en aimant contempler la mer. Après que sa riche vie professionnelle, sa belle vie personnelle ont touché à leur terme, nous conservons, avec ses proches, le souvenir des moments partagés, l’exemple de l’œuvre accomplie, et nous pouvons nous tourner aussi avec Paul Valéry, vers

« La mer, la mer, toujours recommencée !

O récompense après une pensée

Qu’un long regard sur le calme des dieux !».

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